Grundberg parle des défis liés à l’arrêt de la guerre au Yémen et révèle la clé du renforcement du dialogue entre les Yéménites
Yémen
Yamanat
L’envoyé spécial des Nations Unies au Yémen, Hans Grundberg, a confirmé que ce qui se passe à Gaza affecte la situation au Yémen, soulignant qu’il n’y a pas de solution durable au Yémen sauf par un règlement politique négocié.
Dans son entretien avec Al-Dustour, Grundberg a déclaré que la fin de cette guerre commence par un cessez-le-feu national permanent, que toutes les parties respectent et auquel adhèrent, notant qu’il continue de travailler avec les parties yéménites et les acteurs régionaux, y compris l’Égypte et les partenaires internationaux, pour créer les conditions nécessaires à un dialogue sérieux et significatif.
Il a souligné qu’il existe un accord sur des priorités claires, à savoir un cessez-le-feu permanent soutenu par des dispositions de sécurité solides. Atténuer les difficultés économiques, en commençant par payer les salaires et répondre aux besoins de base tels que le carburant ; Plus important encore, la reprise d’un processus politique global permettant aux Yéménites de façonner leur avenir.
■ Tout d’abord : comment décrivez-vous la situation humanitaire actuelle au Yémen ? Dans quelle mesure les événements actuels au Moyen-Orient et en mer Rouge contribuent-ils à accroître les souffrances des Yéménites ?
La situation au Yémen n’est pas seulement affectée par des facteurs internes, mais est également étroitement liée au contexte régional, notamment à la tragédie en cours à Gaza. Ce à quoi nous avons assisté ces dernières semaines, avec les attaques d’Ansar Allah « Houthis » contre l’aéroport Ben Gourion, et les frappes ultérieures lancées par Israël sur le port de Hodeidah et l’aéroport de Sanaa, est extrêmement inquiétant et place une fois de plus le Yémen au cœur de l’escalade régionale.
L’annonce, le 6 mai, du sultanat d’Oman de la cessation des hostilités entre les États-Unis et Ansar Allah constitue une mesure susceptible d’apaiser les tensions, non seulement en mer Rouge, mais également au Yémen. Cette annonce nous donne l’occasion de recentrer nos efforts sur ce qui est vraiment important : Vers l’instauration de la paix au Yémen, en plus de fournir des garanties durables aux communautés régionales et internationales que cette voie navigable internationale vitale ne sera pas affectée. Je crois qu’il n’y a pas de solution durable au Yémen sans un règlement politique négocié, et je continue de travailler avec les parties yéménites et les acteurs régionaux, y compris l’Égypte et les partenaires internationaux, pour créer les conditions nécessaires à un dialogue sérieux et significatif. Dans ce contexte, j’ai rencontré le ministre égyptien des Affaires étrangères à Amman le 1er juin, où nous avons eu une discussion constructive sur… Le point sur la situation au Yémen. Nous avons déjà vu que le dialogue peut être utile, comme nous l’avons vu lors de la trêve de 2022 et des engagements pris par les parties en 2023. Grâce au dialogue, des progrès peuvent être réalisés qui se traduisent par des améliorations tangibles dans la vie des gens. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de tirer parti de ces mesures, de maintenir les canaux de communication ouverts et de garantir que les Yéménites jouent un rôle principal dans l’élaboration de leur avenir, et c’est l’essence même de ce que recherche l’ONU.
■ Malgré les différents efforts déployés pour ramener la paix au Yémen, pourquoi ne constatons-nous aucun progrès tangible ?
– C’est une question légitime, et je l’entends souvent de la part des Yéménites eux-mêmes. La vérité est qu’il existe toujours une méfiance profondément enracinée entre les parties, une escalade des discours hostiles, des cycles répétés d’attaques et de réponses, ainsi que des tensions régionales croissantes, en plus d’une économie au bord de l’effondrement. Nous pouvons comprendre à quel point l’environnement actuel est difficile, mais malgré tous ces défis, il est possible de les surmonter si nous renforçons nos efforts et nous recentrons sur un processus de paix dirigé et pris en charge par les Yéménites eux-mêmes. Malgré de nombreuses divergences entre les parties, il existe des priorités claires sur lesquelles chacune des parties au conflit s’accorde. Elles sont généralement acceptées par les Yéménites : un cessez-le-feu permanent soutenu par des dispositions de sécurité solides, l’atténuation des souffrances économiques en commençant par le versement des salaires et la fourniture de produits de première nécessité tels que le carburant et, plus important encore, la reprise d’un processus politique global qui permet aux Yéménites de façonner leur avenir. Nous travaillons sur tous les fronts, politique, économique et sécuritaire, pour transformer ces engagements en progrès tangibles, tout en gardant les Yéménites au centre de toutes les discussions. Cela comprend un engagement direct avec les partis, une coordination avec les acteurs régionaux et internationaux et une communication avec les composantes politiques, la société civile, les femmes, les jeunes et les groupes sous-représentés. Le Yémen est un pays diversifié et le processus de paix doit refléter cette diversité.
■ Quelles sont les répercussions de la désignation par les États-Unis des Houthis comme organisation terroriste sur la situation au Yémen ?
Pour clarifier les choses, la désignation américaine d’Ansar Allah est en fin de compte une décision souveraine, mais ce que je peux dire clairement, c’est que le conflit au Yémen ne peut être résolu par des mesures unilatérales, quelle que soit la partie qui les prend. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une solution politique qui résulte de négociations sérieuses menées de bonne foi et avec le soutien d’un effort international coordonné. Même si les États membres peuvent prendre des mesures unilatérales, nous avons néanmoins besoin des efforts combinés de tous les acteurs pour soutenir le processus de paix mené par l’ONU. Je poursuis mon engagement avec toutes les parties concernées, avec les parties yéménites, les acteurs régionaux et la communauté internationale dans son ensemble, pour rester concentrés sur ce qui est essentiel : s’attaquer aux racines du conflit par le dialogue et progresser vers une paix juste et durable.
■ Comment l’ONU considère-t-elle la détention arbitraire et prolongée par les Houthis de ses employés et travailleurs des organisations humanitaires internationales et locales ?
La détention arbitraire et prolongée du personnel de l’ONU, de nos collègues travaillant dans des organisations humanitaires internationales et locales, des missions diplomatiques et des organisations de la société civile par Ansar Allah est totalement inacceptable, à tous les niveaux. Ce sont des personnes qui ont consacré leur vie au service des autres, souvent dans des environnements dangereux et difficiles. Leur rôle ne se limite pas au seul aspect professionnel, mais ce sont des mères et des pères, des fils et des filles, qui travaillent avec une profonde motivation humanitaire et dans un esprit de service envers leurs communautés. Malgré cela, ils ont été détenus pendant des mois, en violation du droit international et des principes les plus fondamentaux de la dignité humaine. J’ai soulevé cette question par tous les canaux à ma disposition, en discutant directement avec Ansar Allah, avec les partis régionaux et avec les partenaires internationaux. J’ai clairement indiqué que la détention de personnes dont la seule mission est d’aider les Yéménites non seulement sape le travail humanitaire, mais menace également la crédibilité des efforts visant à instaurer la paix dans ce pays. Nous avons vu récemment quelques sorties, ce que je salue, mais elles ne suffisent pas. Beaucoup restent derrière les barreaux et de nombreuses familles attendent toujours avec impatience, ne sachant pas quand ni si leurs proches rentreront chez eux. Je le dis clairement : les Nations Unies appellent à la libération immédiate et inconditionnelle de tout le personnel des Nations Unies, des diplomates, des membres de la société civile et des travailleurs humanitaires détenus.
■ Qu’en est-il de la participation des femmes yéménites au rétablissement de la paix au Yémen ?
– Le rôle vital que jouent les femmes yéménites dans le processus de paix n’est pas une question de formalité, mais plutôt une nécessité. Au fil des années, les femmes ont mené des efforts pour arbitrer les conflits locaux, soutenir leurs communautés et renforcer leur résilience face à la guerre et à la souffrance.
Cependant, leurs voix sont encore souvent absentes des tables de négociation politique et du processus de paix officiel, et cette absence ne peut être tolérée de mon point de vue, et du point de vue des Nations Unies, tout processus de paix qui n’inclut pas les femmes est un processus incomplet, et tous les résultats qui en résultent restent menacés de non-durabilité. Un véritable processus global est la seule voie vers une paix et une stabilité durables au Yémen, et l’avenir du Yémen doit être– Si nous voulons un avenir juste, pacifique et durable – un avenir dans lequel les femmes participeront à sa construction sur un pied d’égalité.
Mon bureau a collaboré avec des centaines d’acteurs yéménites, notamment des femmes, des jeunes, des chefs tribaux et des groupes marginalisés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Yémen, par le biais de dialogues directs et virtuels, de groupes de discussion et de campagnes de communication, pour garantir que les femmes ne soient pas seulement présentes, mais actives pour influencer les trois volets : politique, économique et sécuritaire.
Je m’engage à veiller à ce que les perspectives des femmes soient prises en compte à chaque étape du rétablissement de la paix, et je ne cesserai de pousser les parties dans cette direction.
■ Quelle est la meilleure solution pour mettre fin à la guerre ?
-La plupart des Yéménites avec qui je parle ne demandent pas de miracles ; Ils exigent une paix dans laquelle ils peuvent avoir confiance, un avenir dans lequel ils peuvent reconstruire leur vie dans la dignité, et pour y parvenir, nous devons être francs : il n’y a pas de solution miracle. Mettre fin à cette guerre commence par un cessez-le-feu permanent à l’échelle nationale, respecté et adopté par toutes les parties. Les Yéménites ont été clairs sur ce sujet, qui constitue une priorité absolue, et les parties se sont engagées à un cessez-le-feu en décembre 2023. Mais pour que cela continue, il faut qu’il repose sur quelque chose de plus fort que la compréhension mutuelle. Cela a besoin de confiance, et la confiance ne se construit pas du jour au lendemain. Il s’agit plutôt d’un engagement continu, de mesures de confiance et d’efforts sincères visant à réduire les tensions sur le terrain. Pour cette raison, mon équipe et moi sommes en communication constante avec les acteurs militaires et politiques du Yémen. Nous soutenons les dialogues qui ouvrent la voie à des propositions pratiques, notamment la réouverture des routes, la résolution face à face des conflits locaux et le maintien d’une coordination efficace par le biais de canaux tels que le Comité de coordination. L’establishment militaire a été établi lors de la trêve de 2022. Ces choses peuvent paraître simples, mais elles évitent bien des malentendus qui pourraient conduire à une escalade.
La paix ne signifie pas seulement l’absence de combats, elle signifie également la présence de stabilité, d’opportunités et de justice. La reprise économique doit donc aller de pair avec un cessez-le-feu. Les salaires des employés du gouvernement doivent être payés, l’approvisionnement en carburant doit être assuré et les services de base doivent continuer. Nous avons présenté des propositions techniques pour aider à stabiliser l’économie et à restaurer le pouvoir d’achat, en particulier pour les groupes les plus vulnérables, notamment les femmes qui restent les plus touchées. Bien entendu, nous avons besoin d’un processus politique inclusif, qui donne aux Yéménites de différents horizons, régions et identités une réelle opportunité de façonner leur avenir. C’est ainsi que se construit une paix durable. Mais rien de tout cela ne peut réussir sans un soutien fort des partis régionaux et internationaux.
L’unité du Conseil de sécurité demeure essentielle. Cette action peut sembler un objectif inaccessible, mais elle est en réalité tout à fait possible et réaliste. Les Yéménites ne méritent rien de moins. Mon engagement, ainsi que celui de l’ONU, est de continuer à avancer avec patience, détermination et humilité, car même dans les circonstances les plus sombres, la paix est toujours un objectif réalisable.
■ Quels sont les derniers développements concernant la feuille de route parrainée par l’ONU ?
Fin 2023, les parties ont convenu d’un ensemble d’engagements, notamment : un cessez-le-feu global à l’échelle nationale, la prise de mesures pour relever les défis économiques et humanitaires urgents et le début de la préparation d’un processus politique inclusif. Bien entendu, l’environnement a changé depuis. La situation régionale est devenue plus tendue, en particulier dans la mer Rouge, ce qui a rendu difficile la réalisation de progrès, mais en même temps, elle a clairement confirmé la nécessité urgente de revenir à une voie politique qui inclut un cessez-le-feu durable, une économie efficace et un processus politique qui rassemble les Yéménites pour décider eux-mêmes de leur avenir.
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